Tokyo Kids 4, porter
Quel est le plus lourd, un kilo de plumes ou un kilo de plomb ? Si la question est posée - bien que la réponse rationnelle soit évidente – c'est qu'il existe une réponse subjective qui rend le kilo de plumes […]
Quel est le plus lourd, un kilo de plumes ou un kilo de plomb ? Si la question est posée - bien que la réponse rationnelle soit évidente – c'est qu'il existe une réponse subjective qui rend le kilo de plumes non seulement plus léger mais plus agréable à porter.
Il en va de même, à poids égal, entre un sac à dos et un enfant. Tandis que le contenu inerte du sac à dos nous entraîne irrésistiblement en arrière, l'enfant que l'on porte défie la loi de la pesanteur. Selon qu'il dort ou qu'il est éveillé, calme ou agité, vif ou fatigué, qu'il s'est juché sur nos épaules ou accroché à notre dos, dans un porte-bébé ou dans nos bras, proche de notre nez, de nos yeux, qu'il nous tire les oreilles, la bouche ou les narines, l'aiguille de la balance qui oscille tantôt à gauche tantôt à droite risque de n'être d'aucune utilité.
C'est à tous nos sens qu'il faut se fier – l'odeur de lait et de caramel, la sensation de chaleur, le chant du souffle – et surtout le 6e sens qui vient palier la vue souvent obstruée – ne pas savoir où on met les pieds. C'est à revivre ces expériences que vous convient les Tokyo Kids. Cliquez sur ce lien pour les découvrir en ligne ou sur celui-ci pour accéder aux information concernant l'exposition Journal intime, carnet de voyage, livre de bord au CAC de Meymac.
Tokyo Kids 3, à main levée
A l'heure où de nombreux artistes utilisent des moyens de reproduction mécanique pour dessiner – vidéo-projecteur, table lumineuse, etc – il n'est peut-être pas inutile de préciser que je dessine à main levée. Je n'ai pas l'intention […]
A l'heure où de nombreux artistes utilisent des moyens de reproduction mécanique pour dessiner – vidéo-projecteur, table lumineuse, etc – il n'est peut-être pas inutile de préciser que je dessine à main levée.
Je n'ai pas l'intention d'établir une hiérarchie entre les différents modes de dessin. Depuis la Renaissance, les artistes ont recours à des procédés optiques et mécaniques pour appréhender la réalité. Cependant, les œuvres produites différent radicalement selon le mode opératoire.
Le dessin à main levée, sans autre assistance que la collaboration entre l’œil – arpenter, observer, repérer, mesurer – et la main - plus ou moins habile, plus ou moins dressée – induit des imperfections, des déformations subjectives et transmet une énergie qui sont les conditions de circulation du souffle de la vie. Tandis qu'un dessin obtenu par un procédé de reproduction mécanique risque de n'être que la copie neutre d'une image ou d'une photo.
Dessiner à main levée c'est comme sauter à l'eau sans savoir nager. Cédant au vertige, on se jette avec la peur au ventre. On se débat pour ne pas couler. Il arrive qu'on boive la tasse et qu'on remonte sur le rebord sans avoir réussi à traverser. Il arrive aussi qu'on marche sur l'eau.
Parfois, la feuille, à force du frottement de la gomme, s'épuise, teintée dans l'épaisseur par les pigments. Elle se déchire ou ressemble à la surface lustrée d'une nappe en vinyle. Il faut alors découper la partie abîmée et la remplacer par un dessin satisfaisant de même surface qu'on intègre par une opération chirurgicale risquée.
Mais cela fait partie du jeu. Un dessin vivant n'est pas un dessin parfait. Il s'enrichit des ratures, des traces, des repentirs et des disproportions qui ne collent pas avec la réalité photographique mais livrent une part de la vérité cachée des choses et des êtres. Cliquez sur le lien pour découvrir les Tokyo Kids.
Tokyo Kids 2 voyage immobile
Avez-vous vous voyagé pendant l'épidémie de Covid ? La réponse semble évidente : non bien sûr puisque chacun était confiné à domicile. Cependant, il existe plusieurs façons de voyager […]
Avez-vous vous voyagé pendant l'épidémie de Covid ? La réponse semble évidente : non bien sûr puisque chacun était confiné à domicile. Cependant, il existe plusieurs façons de voyager. J'ai évoqué déjà ce point dans mon texte consacré au voyage immobile.
Une partie importante des Tokyo Kids a été réalisée pendant les deux confinements. Peu avant, j'avais décidé de mettre la peinture au repos et de consacrer plus de temps au dessin.
Comme je travaille essentiellement d'après photo, l'impossibilité de se déplacer n'a pas été un problème pour moi. J'avais déjà procédé à un classement thématique de mes clichés, créant un dossier spécial Tokyo Kids, regroupant de nombreuses scènes en extérieur.
Il est important de préciser que le Japon agit sur moi comme une catalyseur – dans le sens chimique du terme. Bien que les acteurs de ces scènes existent aussi dans mon environnement proche, à Paris, seul le Japon produit l'étincelle déclenchant un désir artistique.
Je perçois dans ces personnages japonais des attitudes qui n'appartiennent qu'à eux et qui me touchent. Les scènes dessinées correspondent à la rencontre entre une scène observée – fixée par l'appareil photo – et mon interprétation personnelle. Le dessin est donc une scène reconstituée dont la nature est parfaitement exprimée par le sous-titre de l'exposition au CAC de Meymac : « La vie et le temps qui passent au quotidien ».
Ainsi, pendant le confinement, j'ai pu poursuivre, sous la forme d'un voyage immobile, mon exploration du Japon et insuffler la vie aux Tokyo Kids. Cliquez sur ce lien pour découvrir les dessins.
Tokyo Kids 1, introduction
Il est davantage question du rapport des enfants et des adultes dans les Tokyo Kids que d'une galerie de portraits d'enfants. Chaque dessin raconte une histoire. Gestes, regards, postures, environnement, livrent des […]
La série des Tokyo Kids a été réalisée entre 2018 et 2020. Elle tire sa source des nombreux séjours que j'ai effectués au Japon et de ma fascination pour ce pays. Elle est destinée à se poursuivre.
Elle s'inspire aussi de ma vie familiale personnelle. J'ai gardé de vifs souvenirs de mon enfance. Bien que n'ayant pas eu d'enfant, j'ai la chance, par un tour de passe-passe, d'avoir deux petits-enfants, A et N. Je m'en suis beaucoup occupé quand ils étaient petits, à un rythme moins soutenu cependant qu'un parent. Donner le biberon à trois heures du matin, changer les couches, garder dans ses bras sans bouger, pendant des heures, un bébé qui ne peut dormir que dans ces conditions, sont des expériences marquantes.
Cette série n'aurait certainement pas eu lieu sans eux. A est né en 2003 l'année de mon premier séjour au Japon. Nous avons avec mon épouse emmené deux fois A et N, à Tokyo puis à Kyoto, pour partager avec eux notre passion.
Le nom Tokyo Kids provient d'un film d'Ozu, Gosses de Tokyo. Son titre original japonais est Otona no miru ehon umarete wa mita keredo qui pourrait se traduire par J'ai essayé de naître mais, un livre d'images pour les adultes.
De fait, il est davantage question du rapport entre enfants et adultes dans les Tokyo Kids que d'une galerie de portraits d'enfants. Chaque dessin raconte une histoire. Gestes, regards, postures, environnement, livrent des indices qui nous entraînent dans ce qui fait la richesse des relations humaines, sous un regard tendre et ironique.
Les Tokyo Kids sont exposés pour la première fois au public à l'occasion de l'exposition Journal intime, carnet de voyage, livre de bord au CAC de Meymac. Pour obtenir des informations cliquez sur ce lien.
Pour découvrir les Tokyo Kids sur mon site, cliquez ici.
Forêts noires
Au XXIe S, malgré la forte pression de l'homme sur la nature, la forêt a gardé une part de son mystère. Bercés dans notre enfance par les histoires du Petit Poucet et du Petit Chaperon rouge, nous avons toujours peur de nous perdre en forêt ou d'y rencontrer le loup. Plus encore quand la nuit tombe […]
Au XXIe S, malgré la forte pression de l'homme sur la nature, la forêt a gardé une part de son mystère. Bercés dans notre enfance par les histoires du Petit Poucet et du Petit Chaperon rouge, nous avons toujours peur de nous perdre en forêt ou d'y rencontrer le loup.
Plus encore quand la nuit tombe, qui neutralise nos défenses. La pénombre obscurcit notre vue, nous enveloppant de bruits inquiétants – craquements de branches, souffle du vent, cris d'animaux – auxquels la vue diurne nous faisait accorder moins d'importance.
Quand j'étais enfant, au retour de la maison de campagne de mes grands-parents, mes parents faisaient un détour en voiture pour aller chercher de l'eau à une fontaine naturelle située dans la forêt d'Orléans, la fontaine Fisher.
Après avoir engagé le véhicule sur un chemin de terre en pente descendante entre les hautes futaies, ils s'enfonçaient plus avant à pied avec leurs jerricans vides. La lumière des phares luttait contre l'assaut de la nuit, ne réussissant à repousser sa masse pesante que sur quelques mètres. Je voyais leurs silhouettes évanescentes comme englouties par la masse noire entre deux troncs fantomatiques.
Longtemps, cette vision m'a hanté. La série des Forêts noires en est la matérialisation. Je me suis promené à la tombée de la nuit dans la forêt de Montfort. J'ai marché un temps dans ce noir bleuté, piqueté de points lumineux multicolores comme lorsqu'on s'endort, enfant,et qu'on croit plonger dans le cosmos. Les arbres agités par le vent s'entrechoquaient, les taillis étaient secoués de mystérieux soubresauts.
Peu rassuré, j'ai fini par allumer la lampe de mon smartphone. Les branches luisaient phosphorescentes avant de s'éteindre dans mon dos. Je ressentais le plaisir du sacrilège – être au cœur de la nuit. Si vous désirez en savoir davantage sur les Forêts noires, contactez-moi en cliquant sur ce lien.
De la marche
Aimez-vous la marche ? Pas n'importe quelle marche : « […] la marche dont je parle n'est en rien apparentée à l'exercice physique, comme on dit, tout comme un malade qui prend des médicaments à heures fixes ou comme d'aucuns soulèvent des haltères ou des chaises ; mais elle est en soi l'entreprise et l'aventure de la journée. »
Aimez-vous la marche ? Pas n'importe quelle marche : « […] la marche dont je parle n'est en rien apparentée à l'exercice physique, comme on dit, tout comme un malade qui prend des médicaments à heures fixes ou comme d'aucuns soulèvent des haltères ou des chaises ; mais elle est en soi l'entreprise et l'aventure de la journée. » (Thoreau, De la marche)
Quand j'étais enfant, pendant les vacances, dans un pays étranger à la découverte d'un site naturel ou archéologique ou d'une ville, ou à la campagne à la recherche de champignons ou pour couper du bois en forêt, mes parents devaient me forcer pour que je les accompagne. Je détestais marcher. Je me vois encore traîner des pieds en montagne, bientôt distancé par le groupe, sauf par ma mère qui avait pitié de moi.
Tout a changé lors d'un voyage en Islande. J'avais 14 ans. Chaque jour, après une nuit sous la tente, le car déposait notre groupe de touristes au point de départ d'une nouvelle randonnée. Le but était d'atteindre un glacier, une cascade ou un parc naturel. J'ai soudain senti que si je marchais devant, j'étais libre ! Cette constatation m'a donné des ailes. Je ne marchais plus, je courais à la rencontre de sites grandioses et pouvais en profiter pleinement en arrivant avant les autres.
Peut-être avais-je à l'esprit, sans pour autant la connaître, la formule de Thoreau : « Nous devrions entreprendre chaque balade, sans doute, dans un esprit d'aventure éternelle, sans retour ; ».
Depuis, j'adore la marche, associée à l'esprit d'aventure. Partir à la découverte d'une forêt, d'un alpage, d'une ville inconnus. Parfois avec un objectif en tête, parfois sans autre but que l'errance. L'excitation décuple les forces et repousse les limites. L'esprit est aux aguets, enregistre chaque instant. Une grande part de ma création se nourrit de ces balades.
C'est à partir de ces randonnées que la plupart des dessins de Nouveau Monde ont été réalisées, les compositions japonaises, les personnages des séries Uniformes et Tokyo Kids. Si vous désirez en savoir davantage sur ces travaux, cliquez sur le lien pour accéder à la page des œuvres.
Huit
Une peinture peut-elle avoir un sens caché ? Certaines œuvres dont l'interprétation semble évidente requièrent parfois une lecture plus attentive. En témoigne ma composition intitulée Huit. En 2011 […]
Une peinture peut-elle avoir un sens caché ? Certaines œuvres dont l'interprétation semble évidente requièrent parfois une lecture plus attentive. En témoigne ma composition intitulée Huit.
En 2011, j'ai été lauréat, avec une douzaine d'autres peintres, de la fondation Colas. Sélectionné sur dossier artistique constitué d’œuvres inspirées du Japon, je devais réaliser une peinture sur le thème de la route.
Pour répondre à la commande, j'ai décidé de me lancer dans une nouvelle série, 1001 nuits, inspirée d'un récent séjour en Inde. J'avais pris de nombreuses photos en voiture à l'occasion des très longs déplacements. Les visions furtives de créatures fantomatiques souvent tronquées – humains et animaux confondus –, dans une lumière poudreuse et dorée, me hantaient. Il était temps de les faire revivre.
J'ai choisi assez vite la composition destinée à la fondation mais le travail sur commande est toujours un défi. Afin de me familiariser avec l'atmosphère spécifique de l'Inde, j'ai commencé par une autre composition intitulée Porcs et vaches. Sur un fond brossé d'ocre beige, deux vaches et de nombreux cochons se nourrissent d'une décharge sauvage dans la campagne. La scène est presque abstraite, animaux et emballages multicolores sont traités en larges touches, se détachant à peine du paysage.
Cet essai étant concluant, j'ai réalisé ensuite une petite version – 89 x 116 cm - de la toile que je destinais à la fondation Colas – 114 x 146 cm. Pour éviter la répétition, et l'ennui qui en découle, je m'arrange toujours pour introduire des différences entre les travaux que je réalise à partir d'un même motif. Ainsi la lumière de la version définitive est plus rose que celle de la première.
Dans un paysage de campagne, un bouvier, le bâton sur l'épaule, le buste enveloppée dans un tissu bleu prune, mène un troupeau de vaches. La scène pourrait sembler anecdotique si la hauteur imposante des bêtes, leur robe sombre et la longueur des ombres n'apportaient une touche de solennité. En partie cachée par le bouvier, une borne kilométrique, comme celles que l'on trouvait autrefois sur les routes de France, porte le chiffre 8, donnant son titre aux deux versions. Je n'ai pas choisi ce chiffre, il est cependant une coïncidence heureuse, amplifiant l'interprétation spirituelle de l’œuvre.
« De même qu'avec un bâton le bouvier conduit les vaches à la pâture, ainsi font la mort et l'âge qui conduisent à leur fin la vie des existences. » - Dhammapada, 135.
Si vous désirez découvrir les peintures de la série 1001 nuits, cliquez vite sur ce lien.
Être forêt, être montagne
« Je pense donc je suis » est un précepte erroné. Penser n'est pas être, être n'est pas penser. Penser est une activité intellectuelle tandis qu'être implique une expérience réelle, physique et sensorielle. Pour peindre une montagne ou peindre une forêt, il me faut […
Aimez-vous Descartes ? Ou êtes-vous comme Nicole Krauss qui, dans son beau roman, La forêt obscure, déclare « Je déteste franchement Descartes [...] » ? En cause, un passage du Discours de la Méthode où le philosophe expose sa méthode pour sortir d'une forêt dans laquelle des promeneurs se seraient perdus : « […] marcher toujours le plus droit qu'ils peuvent vers un même côté [...] : car, par ce moyen, s'ils ne vont justement où ils désirent, ils arriveront au moins à la fin quelque part, où vraisemblablement ils seront mieux que dans le milieu d'une forêt. »
Cette dissociation entre l'homme et son environnement, ce refus de l'intuition, cette application froide de la raison consistant à nier ses désirs pour « arriver à la fin quelque part » me déplaisent profondément. Comme Nicole Krauss, je déteste franchement Descartes car je suis mieux dans le milieu de la forêt qu'à marcher droit.
« Je pense donc je suis » est un précepte erroné. Penser n'est pas être, être n'est pas penser. Penser est une activité intellectuelle tandis qu'être implique une expérience réelle, physique et sensorielle. Pour peindre une montagne ou peindre une forêt, il me faut être montagne ou être forêt - et non pas Penser comme une montagne, titre du court essai d'Aldo Leopold. Il faut ne faire qu'un avec le motif afin de restituer ce qui le constitue, son énergie interne, sa structure. Être forêt, être montagne, c'est sentir en soi la puissance des arbres et des roches, la circulation de la sève, la sédimentation, le déploiement des feuilles, le roulement des eaux.
Cette expérience rapproche la pratique de la peinture de celle du zen décrite par Taisen Deshimaru : « Si nous regardons une montagne, par exemple, nous pouvons, bien sûr, la considérer sous un angle objectif, l'analyser scientifiquement, la faire entrer dans la catégorie du discours. Mais dans le Zen, on devient la montagne. […] Devenir la montagne, la fleur, l'eau, le nuage... » (La pratique du Zen).
C'est à vivre cette expérience d'être forêt, d'être montagne que mes toiles vous convient. Pour les découvrir, cliquez sur ce lien.
Notes de ma cabane (l’exposition)
Connaissez-vous Chamalières ? Si ce n'est pas le cas, c'est le moment d'y aller car j'y expose mes dernières œuvres. Et si vous connaissez déjà, vous ne résisterez pas au plaisir de […]
Connaissez-vous Chamalières ? Si ce n'est pas le cas, c'est le moment d'y aller car j'y expose mes dernières œuvres. Et si vous connaissez déjà, vous ne résisterez pas au plaisir de retrouver cette petite ville cossue, au charme très XIXe siècle, située aux portes de Clermont-Ferrand.
C'est l'endroit idéal pour découvrir, loin de l'agitation urbaine, les toiles de mon exposition Notes de ma cabane. Celle-ci regroupe des peintures de Forêts, de Sixt et aussi de Cabanes, qui font le lien entre forêt et montagne.
Dans son récit Notes de ma cabane de moine, datant de 1212, Kamo No Chômei, un ancien fonctionnaire japonais ayant pris la robe de moine bouddhiste, évoque d'une écriture simple et touchante son retrait du monde et la notion d'impermanence.
Aujourd'hui, à l'ère du numérique et des télécommunications, il semble difficile, et risqué, pour qui serait tenté, de s'extraire de la société. C'est pourquoi Notes de ma cabane est une invitation à vivre cette expérience en douceur.
« Montagnes, lacs ou forêts apparaissent dans une candeur d’aube, de nuit ou de jour originels. Là, tout est calme et tranquille. Concentré, le regardeur se sent tomber dans l’ailleurs d’une méditation proche d’une douce rêverie jusqu’à ce que, incertitude qui nous vient des rêves ou éveil subreptice, les sens bifurquent. » (Texte de Camille Fallen écrit pour l'exposition)
L'exposition Notes de ma cabane se poursuit jusqu'au 13 janvier 2024 à la galerie Louis Gendre, 7, rue Charles Fournier, 63400 Chamalières. Pour en savoir plus sur l'exposition, cliquez vite sur ce lien.
Estampes numériques
Que pensez-vous de l'art numérique ? Aujourd'hui, il en est beaucoup question. Avec les NFT et l'A.I. appliquée à la création de l'image, tout est bon pour alimenter le débat intellectuel mais aussi la spéculation financière, occultant […]
Que pensez-vous de l'art numérique ? Aujourd'hui, il en est beaucoup question. Avec les NFT et l'A.I. appliquée à la création de l'image, tout est bon pour alimenter le débat intellectuel mais aussi la spéculation financière, occultant la question du rapport entre l'art et l'informatique.
Avant d'entrer aux Beaux-Arts de Paris, j'ai passé un diplôme d'ingénieur en électronique. Du fait de ma formation scientifique, j'ai toujours porté un regard détaché sur l'informatique, la voyant comme un outil au service de l'humain et non comme la créature mi-démiurge mi-monstrueuse que les médias dépeignent souvent.
Longtemps, je l'ai tenue à distance de la création : écriture de textes, rédaction d'un cv, constitution de dossiers, catalogage, etc. Puis, la gestion des photos m'a amené à me servir d'un logiciel de retouche d'images. Découvrant son potentiel, j'ai fait tomber progressivement les barrières en l'employant dans le domaine de l'édition pour corriger mes dessins ou pour effectuer des collages numériques.
Lorsque mon épouse m'a offert une tablette graphique pour mon anniversaire, je suis resté dubitatif. Il m'a fallu plus d'un an pour m'en emparer. Le glissement de la pointe dure du stylet sur la surface lisse et brillante de l'écran me semblait à l'opposé de ma pratique et du plaisir que j'éprouve à employer des outils traditionnels – papier, crayons, encre, aquarelle.
Le déclic a eu lieu à Sixt. Je suis parti en montagne en remplaçant mon carnet de croquis par la tablette. Après avoir tâtonné dans la sélection des outils et l'apprentissage des commandes, j'ai commencé à réaliser des dessins d'un nouveau genre. La possibilité d'annuler les dernières opérations, de modifier le format du support, de combiner des effets très divers – sans avoir à transporter dans son sac tout le matériel habituel -, de superposer des calques sont des avantages indiscutables par rapport aux techniques classiques.
Certes, la virtualité de l'image est frustrante comparée à la sensualité d'un dessin sur papier vélin. Pour éviter la comparaison, il faut prendre une autre direction.
Cette année, j'ai renouvelé l'expérience en testant de nouveaux procédés. J'ai même réussi à dessiner sous la pluie. A l'abri sous un sapin, l'eau dégoulinant de toutes parts, la tablette est restée insubmersible !
Pour l'exposition Notes de ma cabane, la galerie Louis Gendre m'a proposé de réaliser une édition d'estampes numériques. Nous avons sélectionné six compositions. Les tirages mats, de format environ 30 x 40 cm, sur papier Hahnemhülhe 300g/m² sont de toute beauté. Les couleurs sont fidèles à celles de l'écran. Ce sont des œuvres originales multiples. Tirées en 10 exemplaires chacune, elles sont en vente en exclusivité par la galerie Louis Gendre. N'attendez pas trop longtemps car les premiers tirages sont moins chers que les suivants. Pour voir les estampes sur le site de la galerie, cliquez sur ce lien.
Cabanes
Qui, dans son enfance, n'a jamais construit une cabane dans les bois, bercé par les histoires de Robinson Crusoë ou de L'appel de la forêt ? Construire sa propre cabane c'est prendre son destin en main, quitter […]
Qui, dans son enfance, n'a jamais construit une cabane dans les bois, bercé par les histoires de Robinson Crusoë ou de L'appel de la forêt ? Construire sa propre cabane c'est prendre son destin en main, quitter sa famille, partir à l'aventure, et conquérir de nouveaux territoires, à la fois inquiétants et riches de promesses et de découvertes.
Henri David Thoreau, dans son récit autobiographique, Walden ou la vie dans les bois, adosse sa propre expérience à celle des peuples Indiens autochtones et des premiers trappeurs, cherchant à retrouver une simplicité et une économie de vie à l'opposé de la nouvelle société de consommation américaine. Marielle Macé, dans Nos cabanes, se fait l'écho des luttes contre la marchandisation des terres et leur saccage. Dans les deux cas, il s'agit de squatter la terre, à la marge, pour la préserver. Mes peintures de cabanes obéissent à cette même nécessité.
Ma première toile de cabane, intitulée La maison dans la forêt, remonte à 2014. C'était la première peinture que je peignais dans mon atelier fraîchement rénové, comme un symbole d'un nouveau chez-moi. Elle fait référence à l'habitat des Indiens Ahwahnechee qui vivaient dans la vallée de Yosemite en Californie avant l'arrivée des blancs.
Par la suite, j'ai opéré une synthèse entre le chalet d'alpage du Valais ou de Haute-Savoie, la maison indienne et la tradition érémitique orientale, surtout chinoise et japonaise, à travers les œuvres de Bada Shanren (Chu Ta) et Shitao, et les écrits de Ryokan ou Kamo No Chomei. La cabane en bois apparaît comme un idéal de vie en autarcie, un refuge, loin de l'agitation urbaine, offrant la possibilité de se concentrer sur les valeurs essentielles de la vie : l'observation du monde, de la nature, du cosmos, le développement de la vie intérieure, la méditation sur l'impermanence.
La série des peintures de Cabanes relie verticalement les Forêts aux montagnes de Sixt. Ayant arpenté certains versants, je me suis approprié un lieu précis, une petite prairie isolée où se dressent deux cabanes. Je me suis assis sur le seuil en pierre, vivant comme un ermite.
Les chaudes teintes résineuses du bois, grisé par les pluies, noirci de goudron ou brûlé, couronné d'un toit de tôle argentée aux longues traînées de rouille, ou d'ardoises lourdes, offrent une riche gamme chromatique à la palette du peintre.
Est-ce rêve ou réalité ? A l'heure où la Terre est scrutée par des milliers de satellites, où il est difficile de se passer de son téléphone portable, une pause est bienvenue. Même s'il ne s'agit que d'un fantasme, la peinture lui donne un semblant de réalité. Pour accéder au rêve de cabane, et en savoir plus sur mon exposition Notes de ma cabane à la galerie Louis Gendre, contactez-moi en cliquant sur ce lien.
Commode aliénée
Avez-vous déjà rencontré un aliéné ? Pas de panique ! Un aliéné est un meuble du Mobilier National qui a été déclassé.
Le Mobilier National a invité des artistes contemporains à donner une nouvelle vie aux aliénés. On m'a proposé de […]
Avez-vous déjà rencontré un aliéné ? Pas de panique ! Un aliéné est un meuble du Mobilier National qui a été déclassé.
Le Mobilier National a invité des artistes contemporains à donner une nouvelle vie aux aliénés. On m'a proposé de participer à l'édition 2023 en m'attribuant une commode Restauration en noyer massif. J’ai tout de suite pensé à la technique de la gravure sur bois comme mode d’intervention. Dans la veine de ma série de gravures de Lotus, j'ai imaginé transformer la commode en massif de lotus.
Je me suis inspiré de photos prises lors d'un séjour à Koyasan, au Japon. Sur ce mont sacré, berceau de l'école bouddhique Shingon, les moines cultivent en pot des lotus dont les larges feuilles et les fleurs éclatantes ondoient au sommet de leurs tiges élancées.
Le massif s'est déployé naturellement hors du meuble. J'ai décidé d’exécuter cette « extension » en gravure sur bois afin de conserver une même tension de trait que pour la commode. Une maquette et plusieurs simulations numériques ont été réalisées.
Il y a comme un sacrilège à s'attaquer à un meuble du Mobilier National. En décollant le plateau et en ôtant les poignées des tiroirs, j’ai pris possession de l’objet sans retour en arrière possible.
Les étapes se sont enchaînées avec naturel : dessin du motif au fusain sur la commode habillée de papier et sur l’extension, décalque à la sanguine, report sur le meuble au monotype complété par un tracé au pinceau et à la gouache noire,transfert inversé sur les bois de l'extension retravaillé à la gouache, gravure des bois à la gouge…
Enfin, j’ai gravé la commode ! Au plus proche de l'épiderme, j'ai pensé à la vie de l'arbre qui a donné le bois, à celle du meuble, à celui qui l'avait fabriqué, à ceux qui l'ont utilisé, à celui qui l'a restauré.
Dès le premier sillon creusé à la gouge, l'exaltation m’a envahi, née du corps à corps avec la commode. Il a fallu la basculer, franchir les filets en saillie ou les fossés, accompagner la gouge dans les courbes sinueuses des feuilles de lotus en conservant pression et souplesse.
Une fois le meuble gravé, j'ai encré les tailles avec une encre japonaise de qualité, d'un noir profond et bleuté, prenant un aspect satiné ou mat en fonction de la densité du bois. Tandis que les sillons poreux absorbaient le liquide, la surface vernie du bois le repoussait. Un essuyage au chiffon a permis d'obtenir un tracé bien propre.
La commode Lotus sera exposée au Mobilier National à partir du 11 octobre. Pour en savoir plus, contactez-moi en cliquant sur ce lien.
Roulage et traces
Avez-vous déjà assisté au tissage d'un tapis en haute-lice ? C'est une expérience extraordinaire ! Profitez des Journées du Patrimoine, les 16 et 17 septembre, pour voir tisser en direct mon tapis Labyrinthe 2K2, 1 rue Berbier du Mets, 75013. Deux ans déjà ! Le tissage a débuté en […]
Avez-vous déjà assisté au tissage d'un tapis en haute-lice ? C'est une expérience extraordinaire ! Profitez des Journées du Patrimoine, les 16 et 17 septembre, pour voir tisser en direct mon tapis Labyrinthe 2K2, 1 bis rue Berbier du Mets, 75013.
Deux ans déjà ! Le tissage a débuté en octobre 2021. J'y suis retourné en février et mars 2023 à l'occasion de deux phases importantes de sa réalisation : le roulage et les traces.
Le roulage a pour but d'enrouler sur un cylindre de bois la partie du tapis qui vient d'être achevée afin de poursuivre le tissage. Cette partie représente une bande d'environ 45 cm de haut. Dans le cas de ma composition, elle correspond à une rangée de motifs. Il en reste encore huit de même hauteur à tisser.
Le roulage est une opération extrêmement délicate qui nécessite la mobilisation de 6 à 8 personnes. Après avoir détendu les fils de chaîne en rehaussant le cylindre inférieur à l'aide d'une vis sans fin à chaque extrémité du métier, il faut débloquer le cylindre supérieur puis enrouler le tapis en faisant tourner le cylindre inférieur. Afin d'éviter tout décalage dans le roulage, chaque extrémité du cylindre est manipulée par deux licières de façon coordonnée. On entend de gros craquements !
Une fois le roulage effectué, l'équipe mesure avec précision un décalage éventuel et consigne toutes ses observations dans le journal de bord. La tension de chaque fil de chaîne est vérifiée et réglée si besoin par une licière harnachée qui déambule en équilibre sur une poutre.
L'étape des traces consiste à dessiner sur les fils de chaînes le contour des motifs qui vont être tissés. Les licières emploient un mélange d'encre de Chine et de colle ou des feutres acryliques. Elles s'aident d'une reproduction à échelle 1 de la composition obtenue à partir de calques, glissée entre la chaîne avant et la chaîne arrière. La trace est une véritable interprétation du motif qui guidera ultérieurement la licière lors du nouage des points. Sur les fils de lin, le nouveau motif apparaît de façon presque fantomatique.
Si vous êtes passionné(e) par cette aventure, qui va durer encore quelques années, et désirez en savoir davantage contactez-moi par la messagerie en cliquant sur ce lien.
Crânes du Valais
Faut-il que l'art soit toujours joyeux et coloré afin de séduire à coup sûr le spectateur ? Si le baromètre d'appréciation d'une œuvre d'art est le nombre de likes que sa publication sur les réseaux sociaux affiche, la réponse est clairement oui. Pour l'artiste, une œuvre rassurante – qui ne dérange pas - est le gage d'une […]
Faut-il que l'art soit toujours joyeux et coloré afin de séduire à coup sûr le spectateur ? Si le baromètre d'appréciation d'une œuvre d'art est le nombre de likes que sa publication sur les réseaux sociaux affiche, la réponse est clairement oui. Pour l'artiste, une œuvre rassurante – qui ne dérange pas - est le gage d'une bonne réception et facilite la vente. Pourtant, la question ne devrait pas se poser. L’œuvre n'a pas à être « aimable » ou « désagréable ». Elle est. Elle naît d'une nécessité.
Quand j'étais enfant, j'étais fasciné – effrayé et attiré à la fois – par la mort et ses représentations. Ma première rencontre avec un vrai crâne eut certainement lieu dans un musée face à une momie. Plus tard, j'ai été impressionné par les Catacombes de Paris. A vingt ans, je m'identifiais aux artistes expressionnistes allemands et écoutais la musique de groupes underground comme Dead Can Dance.
A mon entrée aux Beaux-Arts de Paris, j'ai pris mes distances avec ces formes d'expression, m'engageant dans un travail sur les forêts. En 2008, alors que je passais mes vacances en Suisse dans le Valais, j'ai visité l'église de Leuk et je me suis retrouvé par surprise face à un ossuaire. La mise en scène impressionnante - alternance de murs de crânes empilés et de fresques représentant la danse des morts, encadrés de tentures de velours rouge et de sentences - m'a beaucoup marqué.
De retour à Paris, la nécessité de réaliser une « vanité collective » s'est imposée à moi sept ans plus tard. J'ai entamé une première grande toile – 150 x 210 cm – mais suis tombé dans une impasse. J'ai dû entreprendre des études plus petites puis, après trois semaines d'interruption, j'ai peint une toile de format plus modeste – 130 x 162 cm - avec fluidité. Je l'ai intitulée Crânes du Valais en référence aux produits de la vallée du Rhône : abricots du valais, pommes du Valais...
Par la suite, j'ai représenté la même composition à la pointe sèche sur cuivre. J'ai aussi gravé un détail sur linoleum dont j'ai assemblé plusieurs dizaines de tirages afin de recréer le mur de crânes. Cliquez ici pour découvrir la toile en entier.
Peinture-cible
Guidant sa monture à l'aide de ses genoux, chaque cavalier arme son arc et tire en poussant un cri strident au passage de la cible. La tension, autant spirituelle que physique, est extrême. Le corps du cavalier est tendu comme son arc. Le cheval […]
Vous êtes-vous déjà réjoui d'avoir franchi une étape décisive dans votre vie ? Après l'aboutissement d'un projet important, vous ressentez que plus rien ne sera jamais comme avant. Non pas qu'un sommet ait été atteint - car vous allez poursuivre l'action engagée – mais que rien ne pourra l'arrêter ni effacer ce qui vient d'être réalisé. Ma toile Peinture-cible est pour moi l'une de ces étapes décisives.
En 2008, le hasard m'a permis d'assister, non loin du temple Sensoji à Asakusa à Tokyo, à une cérémonie appelée Yabusame. J'en ignorais l'existence et n'en donnerai pas la signification ici. Yabusame se déroule sur une piste de terre longue d'environ 250 m. A intervalles réguliers, trois cibles constituées d'un panneau de bois carré sont fixées à deux mètres de hauteur au sommet d'un mat en bambou de fort diamètre. Chaque cible est placée devant un grand voile de couleur bleu turquoise. La piste est séparée de la rue, des piétons, des vélos et des voitures qui l'empruntent, d'un long tissu blanc ponctué de signes circulaires noirs.
A tour de rôle, des cavaliers-archers, en habit de l'époque de Kamakura, déboulent au galop de l'une des extrémités de la piste et tentent d'atteindre les trois cibles à l'aide de leurs flèches. Guidant sa monture à l'aide de ses genoux, chaque cavalier arme son arc et tire en poussant un cri strident au passage de la cible. La tension, autant spirituelle que physique, est extrême. Le corps du cavalier est tendu comme son arc. Le cheval va si vite sur la piste étroite, soulevant des nuages de sable, que l'archer décoche souvent sa flèche trop tard. Mais quand la cible est atteinte, elle éclate en dispersant des pétales de fleur de cerisier.
Quand j'ai peint Peinture-cible, j'ai eu la sensation d'être dans la même disposition que le cavalier que je représentais, concentré et le corps en pleine harmonie avec mon esprit et la surface de la toile. Tandis que le bruit des marteaux-piqueurs retentissait à côté de mon atelier, chaque coup de pinceau était empreint de justesse, de sobriété et d'efficacité, comme une flèche atteignant sa cible. Quand la peinture a été achevée, j'ai eu très nettement l'impression qu'une étape importante venait d'être franchie dans mon travail. Plus rien ne pourrait désormais affaiblir ma pratique Si vous désirez voir Peinture-cible en entier, cliquez vite sur ce lien.
La tête dans les nuages
« Sous un ciel sans nuages », « les nuages s'amoncellent », « avoir la tête dans les nuages », les d'expressions employant le mot nuage lui attribuent un sens généralement négatif. Dans notre société rationnelle, qui privilégie un soleil radieux dans un ciel d'azur, il est un […]
« Sous un ciel sans nuages », « les nuages s'amoncellent », « avoir la tête dans les nuages », les d'expressions employant le mot nuage lui attribuent un sens généralement négatif. Dans notre société rationnelle, qui privilégie un soleil radieux dans un ciel d'azur, il est un signe menaçant, annonciateur de problèmes, synonyme de chagrin et d'absence de lien avec la réalité.
Pourtant, il n'est pas loin le temps de l'enfance où, allongé dans l'herbe, on se laissait aller à contempler les nuages et à leur trouver une ressemblance avec un visage, un animal... Les nuages sont hors-sol, vaporeux, en perpétuelle transformation, insaisissables.
En ville, par-dessus les hauts bâtiments enserrant les rues asphaltées, ils défilent sans entrave, rare manifestation d'une nature trop souvent réprimée. Ils sont le souffle vital, la puissance indomptée, apportant la pluie qui rend la vie terrestre possible, les représentants des forces cosmiques.
En montagne, la rencontre avec un nuage s'apparente à tête-à-tête avec un animal monstrueux mais silencieux et pacifique. Le randonneur est absorbé par la masse cotonneuse, qui glisse avec lenteur entre les hautes fûts des sapins et avale les rochers. Le paysage se nimbe de mystère, des pics se dissolvent, d'autres surgissent, le temps s'effiloche, c'est le temps du rêve.
En peinture, les nuages sont une bénédiction. Ils captent les lueurs chaudes du levant et du couchant, filant des cotonnades roses, oranges et mauves. Ils dévident sous le ciel leurs rouleaux blancs et gris violacés, transmutent l'outremer de l'océan en émeraude et indigo, vaporise leurs ombres bleues sur les reliefs. J'ai beaucoup représenté les nuages dans mes peintures. Partez à leur recherche en cliquant sur ce lien vers mes œuvres !
Été japonais
Quelles sont les saveurs de l'été ? Ce sont souvent celles des vacances, avec lesquelles l'été se confond, bien que sa durée soit plus longue et rime aussi avec travail. Pour certains, ce sont les saveurs rassurantes de déplacements annuels ritualisés, pour d'autres celles inconnues de voyages lointains. En juin, je suis retourné au Japon, sur l'île de […]
Quelles sont les saveurs de l'été ? Ce sont souvent celles des vacances, avec lesquelles l'été se confond, bien que sa durée soit plus longue et rime aussi avec travail. Pour certains, ce sont les saveurs rassurantes de déplacements annuels ritualisés, pour d'autres celles inconnues de voyages lointains.
En juin, je suis retourné au Japon, sur l'île de Kyushu plus précisément. Difficile de décrire les saveurs estivales japonaises car elles échappent à nos habitudes, à nos classifications. C'est pourquoi je les apprécie tant. Subtiles, elles obligent à déployer une attention accrue à ce qui nous entoure. Gammes en demi-teinte auxquelles s'opposent les couleurs criardes des enseignes publicitaires, goûts sucrés-salés, à peine prononcés, que certains palais qualifient de fade, balayés par l’âcreté d'un soja fermenté. Tout est dans la nuance, l'entre-deux, la délicatesse, dans la moindre manifestation de la vie.
Kyushu est apparue dans la brume de ses ciels de mousson et les fumées de ses eaux thermales jaillissant du sol. A la moiteur de l'air qui embue le regard et l'objectif de l'appareil photographique s'ajoute le trouble du décalage horaire. Dans la chambre du ryokan, le miroir est voilé pour éviter une confrontation accidentelle et brutale avec soi-même. Derrière la vitre de l'aquarium, l’œil rond et naïf des calamars parcourus de d'étincelles versicolores semble pardonner celui qui les dégustera en sashimi.
La dentelle bleu pâle des hydrangéas frange le bord des étangs dont le miroir étincelle de l'éclat des nymphéas. Les montagnes douces ondulent à perte de vue, ordonnées comme un jardin botanique. Les longues plages bordées de pins noirs sont comme d'un autre temps, désertes. Elles s'ouvrent sur une mer ponctuée d'îles bleu-vert en forme de cloches, barrées du trait noir des digues anti-tsunami. Il est prudent d'emporter avec soi son parapluie-parasol qui servira en alternance à se protéger de l'eau et du feu. Tant d'images, tant de saveurs ! Il est temps de reprendre le chemin de l'atelier ! Si vous désirez être mis au courant des prochaines œuvres inspirées du Japon, rejoignez vite les contacts privés en cliquant sur ce lien.
Saisir l’instant
Les lieux que nous aimons sont-ils éternels ? Nous les fréquentons depuis l'enfance ou nous les avons découverts, adulte, au gré de nos voyages. Ils constituent une sorte de géographie mentale à laquelle nous nous référons sans cesse. Y retourner est gage de ressourcement, y penser une évasion mentale qui permet de […]
Les lieux que nous aimons sont-ils éternels ? Nous les fréquentons depuis l'enfance ou nous les avons découverts, adulte, au gré de nos voyages. Ils constituent une sorte de géographie mentale à laquelle nous nous référons sans cesse. Y retourner est gage de ressourcement, y penser une évasion mentale qui permet de tenir dans les moments difficiles.
Nous les croyons permanents. Quand le monde semble vaciller , ils sont le point fixe, immuable. Ils nous rassurent, ils nous apaisent.
Pourtant, ces lieux sont fragiles. Le vieux quartier où nous aimions nous promener a été rasé, laissant la place à des barres d'immeubles. Un autre est envahi par des hordes de touristes. Le littoral sauvage est devenu lotissement. L'accès des dunes est interdit par souci de protection.
La montagne nous semblait préservée, imposant sa silhouette hiératique, ses neiges éternelles. Mais la neige fond, les glaciers reculent, les parois rocheuses basculent avec fracas, modifiant profondément sa physionomie.
En peignant les lacs du massif du Haut-Giffre – Anterne, les Chambres, la Vogealle, Gers, les Laouchets - j'ai cherché à fixer ce sentiment de bien-être intense face au miroir profond qui aspire le regard, nous faisant oublier la fuite du temps, et unit dans ses reflets notre esprit apaisé à celui de l'univers.
Mais l'été dernier, avec la canicule, les rives se sont asséchées, le bleu et le vert des eaux se sont dilués dans la boue, la terre crevassée a dévoilé des roches blanchies comme des os de dinosaure.
L'urgence climatique met en lumière une mission importante de l'artiste : saisir l'instant qui va disparaître afin de restituer, dans le futur, le passé. La peinture est le conservatoire des lieux éphémères, engloutis. Elle témoigne de ce qui a été et n'est plus. Pour accéder aux lacs, cliquez sur ce lien.
Une bulle de temps
Peut-on s'arrêter de photographier ? Aujourd'hui, prendre une photo n'est plus un problème. Il suffit de sortir son smartphone et clic, c'est dans la boîte ! Les photos s'empilent sur la carte mémoire sans qu'on ait besoin de gérer quoi que ce soit. Même si j'utilise un appareil-photo, […]
Peut-on s'arrêter de photographier ? Aujourd'hui, prendre une photo n'est plus un problème. Il suffit de sortir son smartphone et clic, c'est dans la boîte ! Les photos s'empilent sur la carte mémoire sans qu'on ait besoin de gérer quoi que ce soit.
Même si j'utilise un appareil-photo, j'accumule moi aussi les images numériques, multipliant les prises de vues par peur de passer à côté d'un motif ou de rater un cliché. Du coup, il m'est difficile d'être totalement présent à ce que je vis, pris par l'habitude de cadrer mentalement, et la culpabilité de ne rien faire.
En automne dernier, je me promenais dans la forêt de Monfort-sur-Risle, le lieu de mes toiles de Forêts. La saison de la chasse avait débuté. Je portais un gilet fluorescent pour éviter de prendre un plomb. Malgré le danger, je désirais explorer une zone où je n'étais jamais allé, une parcelle plantée de jeunes pins. Au milieu des arbres dépassant à peine 3m, marchant par les allées envahies de fougères, j'espérais rencontrer des animaux.
Mon attente ne fut pas déçue. Après avoir réveillé un gros sanglier qui fila comme un boulet de canon, je rencontrais un jeune chevreuil, aussi surpris que moi, au milieu de l'allée. Tombés en arrêt à 5 m l'un de l'autre, nous nous fixâmes mutuellement du regard. J'étais pétrifié.
Immédiatement, je pensais le prendre en photo. Pour cela, il me fallait baisser mon bras droit lentement puis glisser ma main dans la poche de mon pantalon pour en extraire mon téléphone portable. La succession des gestes risquait cependant d'effrayer le jeune promeneur. Finalement, je décidais de ne rien tenter et de savourer pleinement cette apparition.
Le temps était suspendu. Nous nous regardions sans nous lasser. Je lui murmurais cependant qu'il n'était pas prudent pour lui de se laisser subjuguer par mes semblables, surtout ceux qui possèdent un fusil. Un instant, il jeta un œil devant lui - sa mère sans doute n'était pas loin - puis il revint à sa contemplation. Enfin, après une éternité, il reprit sa foulée tranquille, disparaissant dans les fourrés.
C'est alors que je découvris que mes mains reposaient sur mon appareil photo, suspendu en bandoulière. Je remerciais ma conscience d'être restée muette, me permettant de vivre intensément cette bulle de temps fragile, de la fixer dans ma mémoire plutôt que sur une carte-mémoire. Chaque peinture de Forêt est une bulle de temps. Savourer l'instant pour accéder aux Forêts en cliquant sur ce lien, c'est comme si un jeune chevreuil allait surgir !
Le monde en petit
Les jouets ont un côté magique. Les personnages et objets miniatures que l'enfant manipule – poupées, soldats de plomb, trains électriques, dînettes, maquettes - lui donnent l'impression d'être un géant qui peut faire et défaire le monde à sa convenance. Leur miniaturisation semble le résultat d'un charme mystérieux. L'acte de peindre n'est-il pas de même nature ? […]
Les jouets ont un côté magique. Les personnages et objets miniatures que l'enfant manipule – poupées, soldats de plomb, trains électriques, dînettes, maquettes - lui donnent l'impression d'être un géant qui peut faire et défaire le monde à sa convenance. Leur miniaturisation semble le résultat d'un charme mystérieux. L'acte de peindre n'est-il pas de même nature ?
Dans son essai intitulé Le monde en petit consacré aux jardins en miniature en Orient, Rolf Stein écrit "Faire tenir l'univers dans un espace le plus restreint possible, c'est bien là un acte magique...".
Sans vouloir rivaliser avec la puissance du bodhisattva Vimalakirthi capable d'introduire le mont Meru dans un grain de moutarde (Sutra de la Liberté inconcevable), représenter un paysage de montagnes dans un carnet de croquis ou sur une toile tient de l'enchantement !
Capturer nuages et vents, animer cascades et torrents, couvrir de neiges éternelles les cimes majestueuses, dresser des forêts de sapins, recouvrir les pentes d'un tapis d'herbe et de pierres, restituer la structure de la roche, les strates géologiques, déployer l'immensité de l'espace par plans successifs, sont les défis du peintre !
Zong Bing, peintre chinois des 4e et 5e siècle de notre ère, s'en émerveille dans son Hua Shanshui Xu (premier traité sur la peinture de paysage en Chine) : « Si donc on tend une pièce de soie blanche pour y faire (trans)paraître le lointain, et le mont Kunlun et le mont Langfeng peuvent être enchâssés sur une surface d'un pouce carré. »
Pour peindre la montagne, il faut convoquer les forces qui lui ont donné naissance pour la dresser dans un espace réduit. A la magie de l'acte de peindre succède la magie agissant sur le spectateur à la façon d'un élixir. Le spectateur peut se projeter et pénétrer dans la peinture, quelle que soit sa taille.
« Veut-il se délasser par une randonnée ? Il n'aura qu'à dessiner sur le sol de sa cabane le site qu'il entend hanter. » (Rolf Stein). A ma suite, je vous invite à vous entrer dans mes peintures. Pour cela, il vous suffit de cliquer sur ce lien pour accéder aux pages de Montagnes.