Sur le motif
Travailler sur le motif est-il plus facile ou plus difficile que travailler d'après photo ? En réalité, la question ne se pose pas dans ces termes. Les différences sont plutôt d'ordres méthodologique, temporel et spatial.
Je n'ai pas fait d'école préparatoire pour entrer aux Beaux-Arts de Paris. En parallèle de ma troisième année d'école d'ingénieur, j'ai suivi un cours de nu dans l'atelier de Lydie Arickx. Puis, j'ai profité d'une année sabbatique pour me consacrer exclusivement à la pratique artistique. En plus de trois cours hebdomadaires chez Lydie – elle ne m'en faisait payer qu'un seul -, je passais mes journées à dessiner les gens dans les cafés et les gares. A la campagne, je partais plusieurs heures en forêt peindre des aquarelles, et le soir des feux de cheminée.
En entrant aux Beaux-Arts, quand j'ai débuté la peinture, je me suis rendu compte que la temporalité n'était pas la même que celle du dessin. A celui-ci la rapidité, la saisie de l'instant. A celle-là, le temps de la réflexion, la construction, le grand format.
Peindre d'après un dessin s'est avéré complexe car j'avais l'impression de le reproduire. Il fallait que je revienne au motif. Mais difficile de convoquer la forêt ou le feu dans l'atelier ! C'est pourquoi je me suis tourné vers la photo.
Le dessin sur le motif est devenu une pratique d'observation, d'appréhension du réel, déconnectée de ma peinture. Depuis quelque temps, quand je marche en montagne, j'emporte ma tablette graphique, ce qui m'évite de me charger de matériel. Trouver un bon siège est assez aléatoire. Ce qui me frappe, quand je dessine en extérieur, c'est la grandeur de l'espace et l'aspect mouvant du cadre. Les yeux se déplacent sans cesse du carnet au paysage et peinent à définir les limites de la composition.
Le vent agite les frondaisons, les nuages défilent, le soleil poursuit sa course, modifiant imperceptiblement les ombres et le relief, la fatigue s'installe mais il faut aller jusqu'au bout car, demain, la lumière sera différente. Tout bouge. Le dessin final est spontané. Il saisit l'instant mais ne permet pas de prendre des décisions radicales. L'important est surtout d'avoir pris du plaisir à dessiner en plein air. Et nul doute que cette expérience sensorielle rejaillira sous une autre forme dans les peintures ! Cliquez sur ce lien pour accéder aux toiles de montagnes.