L’essence des choses
Soustraction ou addition ? Ma peinture opère par soustraction. Il s'agit d'aller vers l'épure en éliminant ce qui est superflu pour atteindre l'essence des choses. Celle-ci se dissimule sous les apparences. « Mais qu’un bruit, qu’une odeur, déjà entendu ou respirée jadis, le soient de nouveau, à la fois dans le présent et dans le passé, réels sans être actuels, idéaux sans être abstraits, aussitôt l’essence permanente et habituellement cachée des choses se trouve libérée, et notre vrai moi […] s’éveille, s’anime en recevant la céleste nourriture qui lui est apportée. » - Marcel Proust, Le temps retrouvé.
Atteindre l'épure est une démarche complexe. C'est l'intuition – associée aux sens - qui oriente vers un motif spécifique et arrête l'attention. Ici, quelque chose d'important est présent qu'il faut saisir. A partir du motif, il s'agit de distinguer les éléments fondamentaux des accessoires.
La synthétisation opère sur la texture des matières : le sable n'est pas représenté grain par grain mais comme une étendue aux teintes modulées. Le feuillage d'un arbre n'est pas peint feuille à feuille mais dans son élan vital, dans sa structure. Il faut fondre les détails afin de retrouver l'énergie interne de chaque objet, qu'il s'agisse d'une montagne ou d'une chaussure.
Les arrière-plans subissent une atténuation et une simplification consécutive à l'éloignement. Un objet dans les lointains ne peut être aussi précis qu'au premier plan.
Enfin, des éléments peuvent être soustraits - maisons, personnages, arbres - dont la présence risquerait de déséquilibrer la composition ou de détourner le regard de l'essentiel. Il m'arrive de les supprimer à chaud quand je peins mais aussi en retouchant la photographie.
La peinture alors peut tendre vers l'essence des choses, modifiant notre perception du temps. « Une minute affranchie de l’ordre du temps a recréé en nous pour la sentir l’homme affranchi de l’ordre du temps. Et celui-là, on comprend qu’il soit confiant dans sa joie, même si le simple goût d’une madeleine ne semble pas contenir logiquement les raisons de cette joie, on comprend que le mot de « mort » n’ait pas de sens pour lui ; situé hors du temps, que pourrait-il craindre de l’avenir ? »
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