Lointains

L'air est-il bleu ? Léonard de Vinci, dans son Traité de la peinture nous indique que l'air « prend fort facilement les qualités des choses qui se trouvent autour de lui, et il paraîtra d’azur d’autant plus beau, qu’il aura derrière lui des ténèbres plus épaisses, pourvu qu’il y ait une distance convenable, et qu’il ne soit pas trop humide [...] ».

Pour une fois, il manque au maître de la Renaissance, dont les démonstrations s'appuient sur une observation scrupuleuse et une grande rigueur scientifique, une connaissance plus récente du rayonnement lumineux. On sait en effet aujourd'hui que ce sont les particules de l'atmosphère qui diffusent majoritairement les ondes courtes du spectre solaire, c'est-à-dire le bleu.

Cependant, la science ne vient pas contredire son invention de la perspective aérienne. « Il y a une espèce de perspective, qu’on nomme aérienne, qui par les divers degrés des teintes de l’air, peut faire connaître la différence des éloignements de divers objets […] les choses les plus éloignées paraissent azurées, à cause de la grande quantité d’air qui est entre l’œil et l’objet ; cela se remarque surtout aux montagnes. »

Je constate combien les observations de Léonard de Vinci se vérifient en montagne. Bien que n'ayant lu son Traité que très récemment – et n'ayant donc pas été influencé par lui ni désireux de mettre sa leçon en pratique – j'applique avec constance l'effacement progressif des lointains ainsi que l'ajout proportionné de fines couches d'azur aux plans successifs. Ceci est particulièrement vrai pour Sixt 93. Sa réalisation m'a donné beaucoup de fil à retordre, m'obligeant à passer de nombreux glacis bleutés pour rendre la profondeur de l'espace tout en cherchant l'épure.

Léonard de Vinci nous apprend aussi qu'« une chose obscure paraîtra d’autant plus claire, qu’elle sera plus loin de l’œil » et qu'« […] en s’éloignant de plus en plus d’un objet, l’impression que font ces parties s’affaiblit tellement, qu’on ne les distingue plus, et que l’objet tout entier disparaît. La couleur même s’efface aussi par la densité de l’air qui se rencontre entre l’œil et l’objet que l’on voit. ».

J'aime suggérer ces lointains vaporeux et imprécis en larges traces de couleurs délavées, mauves, roses ou céladon dont la trace du pinceau fluide marque les sillons. La touche doit cependant rester ferme afin de préserver l'unité avec les premiers plans qui seront plus contrastés. Pour vous promener dans les lointains, cliquez vite sur ce lien.

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Labyrinthe – le temps suspendu