La pesanteur
Faut-il souffrir pour accéder au sommet ? C'est la question qu'on se pose quand, après trois heures de marche et 1000 m de dénivelé, on se retrouve en haut de la montagne avec des gens qui sont montés en téléphérique.
En montagne, lors d'une randonnée, on fait vraiment l'expérience physique de la pesanteur. Quand la montée est raide au démarrage alors que le corps n'est pas encore chaud, ou au contraire, quand elle dure depuis déjà plus de deux heures et qu'elle semble ne jamais finir.
Au-dessus, les randonneurs réduits à des points semblent progresser lentement, à l'infini. Le sac écrase les épaules, trempant le dos de sueur, les bras s'alourdissent, le cœur palpite violemment dans la poitrine. On tente de maintenir le souffle à un rythme régulier afin de ne pas céder à la panique, cependant que le corps devient lourd et pèse sur les deux jambes, peinant à se porter lui-même.
Avez-vous déjà fait ce rêve ? Vous essayez de fuir un danger, d'attraper un train, de secourir quelqu'un, et vos jambes refusent de vous obéir. Elles sont en coton, et lourdes en même temps. Vous n'êtes pas immobile mais chaque pas est le fruit d'un effort intense, et vous vous demandez si vous réussirez à remarcher normalement un jour. En montagne, le rêve devient réalité.
Il serait tentant de s'arrêter pour reprendre des forces, boire et grignoter, mais le remède est pire que le mal. Les jambes sont encore plus molles, elles se dérobent. Pour repartir, il faut mobiliser son énergie psychique et se mettre en mode automatique : foulée réduite à un pied d'écart, respiration alternée – inspiration pied gauche, expiration pied droit – et ne regarder que ses pieds – surtout pas vers le haut. Au bout de quelques instants, la machine avance seule et défie les lois de la gravitation universelle.
Alors, c'est bientôt l'arrivée. Tel Sisyphe décidé à se délivrer à jamais de sa malédiction en abandonnant son rocher à sa chute, on pose le sac sur le sol. Plus bas, un aigle glisse sur les courants d'air, ailes déployées. Une impression de bien-être nous envahit qui est liée au lieu mais pas seulement. Si la montée s'était faite en téléphérique, la sensation d'apesanteur ne serait pas la même. Il faut passer par l'épreuve du terrassement pour se sentir aérien ! C'est aussi ce poids de l'expérience qui enrichit la peinture. Pour retrouver ces sensations et accéder aux toiles de montagnes, cliquez vite sur ce lien.